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Crue de la Seine à Paris en 1910


Article publié le 30 avril 2004
par GEODE

Etude de cas

L’INONDATION DE PARIS EN 1910. De l’événement aux réflexions actuelles

Introduction Le contexte fluvio-morphologique parisien Une inondation intègre un certain nombre de paramètres physiques, notamment le cadre hydro-géomorphologique sur lequel elle se déroule. Paris n’échappe pas à cette règle, même si l’une des difficultés d’approche sur ce thème réside dans la nécessité de faire abstraction de l’urbanisation actuelle. A la façon des cartes « oro-hydrographiques » chères aux géographes physiciens, il faut considérer que le tronçon parisien de la vallée de la Seine est fait, comme ses voisins d’amont et d’aval, de plaines alluviales plus ou moins inondables, d’anciens bras fluviaux, et de méandres qui se sont déplacés ou qui ont été recoupés au fil des siècles. Il est admis, par exemple, qu’un ancien cours de la Seine se dirigeait vers le nord à partir de l’actuel secteur de la gare de Lyon, via ce que sont aujourd’hui le boulevard Morland et le bassin de l’Arsenal, circulait au pied des buttes nord de la capitale, passait devant ce qui allait devenir la gare St-Lazare et revenait confluer au chenal (principal ?) près de l’emplacement de la Concorde ou de l’Alma ; tracé qui n’a rien d’aberrant eu égard aux méandres qui se dessinent dès la sortie de Paris. Une fois abandonné, ce bras nord s’est plus ou moins comblé et transformé en marécage de forme étirée, tout en laissant des points bas. La topographie urbaine conserve quelques traces de ce lointain passé, même s’il elle n’a cessé d’être remaniée ou remblayée. On remarquera, par exemple, que le quartier de la rue Tronchet s’abaisse doucement en allant de la Madeleine vers St-Lazare, c’est-à-dire en s’éloignant de la Seine.

1. L’enseignement du passé : références aux crues historiques et précautions d’analyse comparative Evènement exceptionnel, certes, la crue de 1910 entre néanmoins dans la logique de retour de crises passées. C’est en ce sens que, quels que soient les calculs probabilistes, les spécialistes s’instruisent à la lumière des archives, sachant que tout niveau atteint par les eaux est susceptible de l’être à nouveau dans un futur plus ou moins lointain et que, par ailleurs, tout record a vocation d’être battu un jour ou l’autre. Pour la Seine à Paris, il va sans dire que ce passé est sûrement mieux connu que celui de cours d’eau ou de villes de moindre importance. Les annales relatent déjà une inondation désastreuse en février 584, sous le règne de Childebert, mais c’est seulement à partir de celle de 1658 que les grandes crues ont été répertoriées à Paris, et parfois dans d’autres villes riveraines. Les cotes maximales de toutes les crues sont à présent rapportées à l’échelle hydrométrique installée depuis 1876 au pont d’Austerlitz, y compris celles qui ont précédé la construction de ce pont et des quais... Pour la période 1733-1876, en effet, les observations avaient lieu au pont de la Tournelle ; et les hydrauliciens ont pu en faire la reconstitution des hauteurs, applicable au pont d’Austerlitz. Antérieurement, il semble probable que des repères ou des annotations écrites aient permis de coter à peu près les événements les plus graves, comme la crue de 1658. Quoi qu’il en soit, à Paris comme ailleurs, la fixité d’un lieu d’observation, ou le rattachement calculé de cotes pour ce lieu, est une condition indispensable aux hydrologues pour effectuer des comparaisons entre les maxima. Ainsi, depuis le XVIIe siècle, on peut noter que 17 crues connues ont dépassé 7m à l’échelle d’Austerlitz ou ramenées à celle-ci, et que les 8m ont été dépassés 3 fois : le 27 février 1658 (8, 96), le 26 décembre 1740 (8,05) et le 28 janvier 1910 (8,62). A une exception près, tous ces évènements ont eu lieu dans la période limitée du plein hiver : entre le 25 décembre et le 5 mars. Bien entendu, nombre de précautions sont à prendre pour comparer le record absolu de 1658 et les crues du XXe siècle, notamment celle de 1910, tant les modifications du lit et de ses abords ont été importantes.

2. Les causes hydrométéorologiques de l’inondation de 1910

LES CONDITIONS GENERALES DE FORMATION DES CRUES SUR PARIS : Il importe tout d’abord de considérer qu’au droit de Paris le bassin-versant de la Seine est très vaste, près de 44.000 km², dont 12.700 appartiennent à la Marne et 10.900 à l’Yonne. Sur sa majeure partie, ce bassin-versant présente des pentes faibles ou modérées ; de même, le profil en long des cours d’eau qui le parcourent est peu incliné, tandis que, sur le plan transversal, ces rivières coulent sous faible encaissement en vallée alluviale ; et ce, bien sûr, pour schématiser. Dans ces conditions, les eaux de crue ne s’évacuent vers l’aval qu’après de longs délais ; et en cas de paroxysmes pluvieux successifs, la première onde de crue des grands cours d’eau les moins véloces (Marne, Seine) est rattrapée par la deuxième onde des rivières plus rapides (Yonne) et plus courtes et proches de Paris (Loing, Grand et Petit Morin). Il y a alors empilement de deux générations de crue au droit de l’agglomération parisienne. Cette configuration, redoutée par les responsables actuels de la prévision et de la protection, est bel et bien celle de 1910.

LES ORIGINES CLIMATOLOGIQUES de cet événement ont été largement analysées par les spécialistes et correspondent à un schéma général applicable à la plupart des grands bassins-versants connaissant des crues lentement évolutives, contrairement aux phénomènes torrentiels.
-   Il faut en retenir tout d’abord une phase préparatoire, liée à des pluies peu intenses mais répétées et sur de vastes territoires, sévissant de fin décembre 1909 à mi-janvier 1910. La pluviométrie de cette période fut en effet largement supérieure à la normale (150 à 200% selon les secteurs du Bassin Parisien), dépassant les 100mm un peu partout, parfois nettement (150 à 160mm). Survenue en saison froide, donc sous faible évapotranspiration, cette abondance s’est traduite par la saturation plus ou moins avancée des sols sur l’ensemble de ce vaste bassin-versant, condition sine qua non pour que toute nouvelle averse soit appelée non plus à s’infiltrer mais à ruisseler.
-   A ces phénomènes préparatoires a succédé l’averse décisive de la crue, répartie en plusieurs paroxysmes (10-12, 17-20 et 23-24 janvier), affectant tour à tour les affluents de la Seine en amont de Paris. C’est surtout les 4 jours du 17 au 20 janvier qui en ont rassemblé les abats d’eau principaux : 120mm à Château-Chinon, 94 à Montbard, 82 à Bar-sur-Seine, 79 à Chaumont et à Joigny. Certes, nous sommes loin des déluges méditerranéens qui peuvent fournir 4 fois plus d’eau en 4 fois moins de temps ; mais, pour un bassin-versant de cette taille, hors de zone montagnarde, la durabilité et l’extension spatiale des pluies sont seules à pouvoir générer des crues importantes, ce que ne pourrait faire une averse très intense, mais limitée dans l’espace et de faible durée.

3. La crue et l’inondation dans Paris

LES CARACTERISTIQUES HYDROMETRIQUES Après une semaine de croissance, la hauteur maximale atteinte le 28 janvier au pont d’Austerlitz fut de 8,68m au-dessus de l’étiage, soit 34,60m en cote NGF, alors que celle-ci fut de 32,59 au « zouave » du Pont de l’Alma. On le voit, la ligne d’eau s’abaissait de 2m sur 3km, ce qui représente une pente en long assez marquée, du fait de la succession des ponts. Le débit de pointe à Paris a été estimé à 2400 m3/s. Ce chiffre, pour autant, ne représente pas la simple addition des maxima de l’Aube (380), de la Seine en amont de l’Aube (1400), de l’Yonne (1100), du Loing (330) et la Marne (860), puisqu’il n’y a pas eu concordance parfaite des ondes aux diverses confluences. La décrue ne s’amorça que lentement ; c’est dire que les secteurs ou souterrains affectés ne purent être hors d’eau avant une ou deux semaines. Si la période de retour a été estimée à 150 ans sur l’Yonne, elle ne serait que de 40 ans sur la Marne ; pour la Seine à Paris, les spécialistes considèrent qu’il s’est agi d’une crue centennale.

PARIS INONDÉ A partir du 23 janvier, les eaux atteignent le haut des quais, dont les défenses étaient réglées sur les cotes de la crue de 1876, et affectent les quartiers contigus, souvent plus bas que les parapets riverains ; et ce, d’autant qu’il n’y a pas d’étanchéisation systématique des conduits débouchant dans la Seine. Une partie de Paris est donc inondée :
-  en amont, c’est le cas des XIIe (rive droite) et XIIIe (r.g) arrondissements : quartiers à l’ouest de la porte de Charenton, Bercy, gare de Lyon, secteurs du bd Diderot et de l’avenue Ledru-Rollin, jusqu’à l’actuel Opéra-Bastille ; secteurs de la porte d’Ivry, de la place Jeanne d’Arc, de la Pitié-Salpétrière et de la gare d’Austerlitz.
-  plus en aval, on trouve de petits secteurs sous l’eau aux abords de l’Hôtel de Ville et de l’île St-Louis ; ils sont plus étendus en rive gauche, autour du Jardin des Plantes, entre Jussieu et la Seine et autour de la place Maubert. Le Ve est touché entre la rue St-André-des-Arts et le quai des Grands Augustins et autour des rues Jacob, Bonaparte et des Saints-Pères. Le VIIe l’est davantage, rue de l’Université et alentours, au Musée d’Orsay, à l’Assemblée Nationale, autour de la rue St-Dominique et de l’avenue Bosquet, jusqu’au Champ-de-Mars. Sur la rive opposée, sont affectés par l’inondation le bas des Champs-Élysées, les secteurs de la place François Ier et du bas de l’Avenue George V, aux abords de l’Alma.
-  au-delà, c’est le XVe arrt qui est plus touché, de part et d’autre de la rue St-Charles et jusqu’à la rue Lecourbe dans sa partie sud. Et en face, dans le XVIe, l’eau est présente le long des avenues Kennedy et de Versailles, sur une centaine de m en arrière des quais, du pont de Bir-Hakeim à celui du Garigliano.

Dans ces secteurs, on se déplace en embarcations et les piétons circulent sur des passerelles supportées par des tréteaux, installées par le Génie. De nombreuses cartes postales ont immortalisé ces journées insolites.

Il faut préciser qu’en sous-sol (caves, métro, canalisations, égouts), l’inondation s’est étendue plus largement, de part et d’autre des secteurs que nous venons de citer.

LES DYSFONCTIONNEMENTS C’est à partir du 20 janvier que vont se succéder les dysfonctionnements et s’accumuler les dégâts. La navigation est arrêtée, faute de tirant d’air sous les ponts. Le lendemain, l’usine produisant et distribuant (par 350km de canalisation) l’air comprimé est inondée dans le XIIIe arrt, ce qui a pour effet de stopper les horloges publiques, les ascenseurs et nombre de machines artisanales. Vient le tour des usines à gaz, inondées à Passy et à Alfort, et privées ailleurs du combustible arrivant normalement par péniches. Les 1800km de conduite de gaz subissent des avaries, d’autant que se produisent des effondrements ou des affaissements de terrain. En plus des coupures chez les particuliers ou artisans, l’éclairage public est affecté par l’extinction de plus de 5800 becs de gaz. Les trams sont arrêtés. Plusieurs lignes du métro sont englouties, notamment à partir d’un point de déversement des eaux de Seine dans un égout, près du pont de la Concorde, en communication avec une ligne en chantier. L’inondation d’une partie du sous-sol parisien entraîne évidemment des fragilisations, puis des effondrements localisés, par exemple devant la gare St-Lazare et au boulevard St-Germain, puis l’apparition des eaux en surface dans les secteurs topographiquement déprimés. La collecte des ordures ménagères s’arrête dans les quartiers inondés, mais aussi partiellement ailleurs, puisque l’usine d’incinération ne peut plus fonctionner. Il est donc décidé de jeter provisoirement les ordures dans la Seine (ce que déploreront ensuite les communes d’aval) L’inondation des gares d’Austerlitz, d’Orsay, de Lyon, des Invalides et de Tolbiac (marchandises) paralyse des relations avec « l’extérieur ». Pendant un à deux mois, de nombreux services publics ont été perturbés ou interrompus : métro, lignes téléphoniques, conduites d’eau, d’électricité, de gaz et d’air comprimé. En étendue, la banlieue fut encore plus touchée, notamment à Juvisy, Villeneuve St-Georges, Choisy-le-Roi, St-Maur, Charenton, Issy-les-Moulineaux, Boulogne, Suresnes, Asnières, Gennevilliers, Argenteuil.

4. Le bilan Dans toute inondation qui s’achève, c’est tout d’abord sur le nombre de victimes humaines qu’on se penche. S’il y eut plusieurs noyés en banlieue parisienne, la capitale ne recensa qu’une victime. Il ne s’agit donc pas d’une inondation meurtrière, comme le sud de la France en connut et en connaît encore. Cet « avantage » a trait au caractère lentement évolutif de la crue et à la faiblesse générale des courants et des épaisseurs d’eau (quelques décimètres le plus souvent) dans le champ d’inondation. Mais le bilan des dégâts et des pertes directes ou indirectes est immense : 200000 personnes ont été affectées plus ou moins directement, dans leur habitation ou dans leur travail. Plus de 15000 immeubles ont été touchés, notamment leur mobilier en rez-de-chaussée. Dégâts énormes aux gares, paralysie durable du métro où beaucoup d’infrastructures sont à revoir après pompages, voirie effondrée çà et là ; mêmes constats pour quantité d’ateliers, d’entrepôts et d’usines (pertes de matériaux et de denrées). Par la suite, de nombreux experts et organismes ont tenté de chiffrer l’ensemble de ces dommages, ce qui n’a jamais été commode. Et jusqu’à nos jours, ces estimations ont été réactualisées en fonction d’indices ou de coefficients évolutifs liés au « coût de la vie », à l’inflation et aux dévaluations successives ; mais aussi en prenant en compte une réévaluation conditionnée par l’augmentation contemporaine des enjeux (biens, infrastructures) dans les zones qui avaient été inondées en 1910. Bien sûr, il ne peut s’agir d’ordres de grandeur. Ainsi, le chiffre de 400 millions de francs de l’époque (1910) a été avancé. Il correspond à 7 milliards de francs avant passage à l’euro (soit presque 1 milliard d’euros). Comme dit plus haut, si une inondation identique survenait de nos jours, affectant donc des sites beaucoup plus équipés et sur-valorisés par rapport à 1910, le coût des dégâts serait à multiplier par 7 ou 8.

Que s’est-il passé depuis 1910 ? Les nouvelles réponses de la société

A la lumière du rapport Picard qui avait analysé les causes de la crue et des dysfonctionnements, les pouvoirs publics ont tenté de tirer parti du retour d’expérience de 1910 pour programmer une série d’améliorations préventives et curatives, qu’il s’agisse de travaux de génie civil, de mesures réglementaires, de perfectionnements techniques dans l’annonce de crue et l’efficacité des secours. Le but étant qu’en cas de retour d’une telle crue, les dégâts et les gênes soient amoindris.

Les remèdes possibles : prévision et protection

Ils correspondent pour l’essentiel à des solutions très classiques, associant le génie civil, la préservation des champs naturels d’inondation et l’amélioration des systèmes d’alerte et de secours.

1. Le programme le plus spectaculaire a été celui de la construction de barrages-réservoirs en amont de Paris, réalisés entre 1970 et 1990 : pour citer les plus importants, les barrages Seine, Aube, et Marne (du nom du cours d’eau à côté duquel ils sont établis en dérivation), totalisent une capacité de 800 millions de m3. Le cours de ces rivières n’est pas barré directement ; mais une part importante du débit peut être prélevé et envoyé dans ces retenues, part qui correspond schématiquement aux 2/3 du maximum centennal de la rivière. Le principe est de remplir ces barrages pendant la phase croissante de la crue, de sorte à en écrêter le pic, et d’attendre la décrue pour relâcher. Dans ce cas d’école, une crue de type 1910 serait abaissée de plusieurs décimètres dans Paris. Cependant le système peut être mis en défaut si, après la phase de remplissage, la crue se prolonge ou s’il en survient une seconde, avant qu’on ait pu délester les réservoirs. Autres soucis des Pouvoirs Publics : ces 3 barrages ne contrôlent que 15% du bassin-versant en amont de Paris ; et les 800 millions de m3 qu’ils peuvent retenir dans le meilleur des cas (c’est-à-dire s’ils sont vides au départ) sont à rapprocher, pour comparaison, des 4 milliards écoulés lors de la crue de 1910. On le voit, ici comme ailleurs, les barrages-réservoirs ne constituent pas la panacée de la sécurisation.

2. La préservation des champs d’inondation en amont

Ici comme ailleurs, l’une des solutions - désormais réglementaire - consiste à ménager les champs d’inondation. Il est connu, en effet, que les crues, en s’étalant, perdent de leur vitesse et de leur puissance ; la pointe, notamment, est émoussée (le maximum est moins élevé en aval). En effet, lorsqu’on est en phase croissante de crue, toute zone inondable se remplit, en prélevant sur le flot du cours d’eau : en aval de celle-ci, le débit de la rivière est donc amoindri par rapport à celui de l’amont. Le bassin de la Seine en amont de Paris dispose de vastes champs d’inondation en amont de Paris. La Bassée, par exemple, présente près de 10.000ha submersibles, rassemblant prairies humides, méandres abandonnés, anciennes gravières. Sous l’effet des institutions agricoles, quelques travaux d’endiguement ou de calibrage avaient été engagés entre 1975 et 1990 ; mais les organismes chargés de la protection de l’agglomération parisienne vis-à-vis des crues font pression pour que les travaux hydrauliques en Bassée n’altèrent pas ses fonctions écrêtrices.

3. Les mesures locales, c’est-à-dire sur Paris, sont de peu d’impact bénéfique, d’autant qu’on doit considérer que l’essentiel des travaux avait été réalisé avant 1910, la crue de 1876 servant alors de référence : approfondissement du lit, notamment des bras enserrant les îles St-Louis et de la Cité, transformation des barrages pour la navigation, profilage des quais et de certains ponts (rebâtis avec moins de piles ou rehaussés). En fait, depuis 1910, il n’a pas été possible de faire grand chose de plus, pour entonner des débits supérieurs sans débordement, mises à part la rehausse locale des parapets et l’étanchéisation des quais par des vannes anti-retour empêchant des eaux de pénétrer dans les effluents. Mais on ne peut aboutir partout à une protection totale. Et en fin de compte, les hydrauliciens estiment que le gain de ces travaux devrait se traduire par un abaissement d’une vingtaine de cm de cette ligne d’eau, pour un débit de pointe identique à celui de 1910. Ils considèrent qu’il existe toujours des points faibles sur les rives des XIIIe, XVe, XVIe et surtout XIIe arrondissements, en particulier au droit de la Gare de Lyon, où les parapets assurent une protection ne dépassant que de 10cm la ligne d’eau vécue en 1924 (7,42m à l’échelle d’Austerlitz).

4. Le perfectionnement de l’annonce de crue Lors de la crue de 1910, était en vigueur le système mis en place en 1854 sur le bassin de la Seine, le premier en France. Il fonctionnait par alerte télégraphique d’observateurs d’amont destinée à ceux d’aval et de Paris. Bien entendu, il n’a cessé de se perfectionner. Par ailleurs, la politique de l’Etat a continuellement visé à améliorer les moyens d’alerte des populations exposées. La prévision pour la Seine à Paris, tant en délai qu’en hauteur, est fondée sur une corrélation prenant en compte les données des stations d’observation d’amont, et calée sur les relevés des événements passés. Sans parler des stations d’extrême amont, et pour simplifier, les niveaux de la Seine sont observés (hauteur, heure) à Nogent et ceux de l’Yonne à Sens, ces deux stations permettant la prévision à Montereau. L’observation à Montereau est à son tour associée à celle de Montargis sur le Loing pour fournir une prévision de hauteur et de délai à Melun. Sur l’autre axe hydrographique majeur, les observations de la Marne à Emery sont associées à celles du Grand Morin à Pompeuse pour établir une prévision à Challenge (Marne, amont de Paris). Les chiffres de Challenge et de Melun, une fois couplés, sont à la base de la prévision pour la Seine à Paris (Pont d’Austerlitz), en hauteur et en délai. Rodé depuis une centaine d’années à l’occasion des diverses crues, ce système a donné de bons résultats prévisionnels, du fait qu’il s’agit de crues lentement évolutives. Il s’est perfectionné techniquement depuis 1980-85, par la mise en service de procédures centralisées et automatisées donnant des informations télétransmises. Les DDE des départements situés dans l’amont du bassin-versant de la Seine, le Service de Navigation de la Seine, et par la suite, la DIREN de l’Ile-de-France, ont uni leurs efforts pour aboutir à l’exploitation des données en temps réel. Par ailleurs, d’autres formules d’alerte directe ont été mises en œuvre auprès de riverains menacés (particulier ou entreprises) : ils peuvent être directement informés par appel téléphonique automatisé, actualisé plusieurs fois par jour si besoin, de sorte à ce qu’ils puissent prendre à temps les mesures de précaution élémentaires (enlèvement des véhicules, mise à l’étage des biens sensibles, évacuation éventuelle). En période de crise latente ou avérée, il est par ailleurs possible de consulter l’interface Minitel de la DIREN Ile-de-France / bassin Seine-Normandie / bulletin hydrologique (1. données des observateurs ; 2. messages de crues ; 3. historique des crues) ; ou bien le site internet de la DIREN pour la station de Paris-Austerlitz : www.environnement.gouv.fr/ile-de-France/annoncecrues/avis.

5. Les mesures préventives ou d’urgence Suite aux inondations dramatiques survenues ces dernières années en plusieurs régions européennes, le débat sur Paris a été à nouveau relancé ; et à défaut de possibilités de protection de génie civil, puisque - sur ce point - on ne peut guère aller au-delà, des mesures préventives ont été annoncées, par exemple pour la mise hors d’eau des richesses patrimoniales des musées d’Orsay et du Louvre et l’évacuation rapide de malades à l’hôpital G.Pompidou, bâti dans un secteur inondable du XVe arrt. Dans cette même optique, la RATP s’est préparée à l’obturation du métro et de la ligne C du RER, particulièrement exposés. Le faisceau de ces mesures préventives concorde avec l’intime conviction les spécialistes, qui s’accordent à penser que le risque majeur le plus évident pour la région parisienne réside dans une inondation d’ordre centennal ou plus grave. Les crues de janvier 1924 (7,30m) et de janvier 1955 (7,10m), plus récemment celles de janvier 1982 (6,13m) et de décembre 1999 (5,19m), deux événements d’ordre décennal, confirment la menace potentielle. En dépit des facteurs réducteurs comme les barrages, l’optimisation des zones inondables en matière de stockage, et les quelques aménagements liés au lit mineur dans la traversée de Paris, on considère qu’une inondation de type 1910 reste vraisemblable. Elle toucherait aujourd’hui 250km² en région parisienne, affecterait plus ou moins gravement 500.000 personnes et coûterait entre 8 et 9 milliards d’euros.

Bibliographie Ce sujet ayant fait l’objet de nombreuses publications, rapports et articles, nous ne retenons que les références ci-après :

-  AMBROISE-RENDU M. « 1910, Paris inondé », Ed. Hervais, 1997, 111p.
-  CAMUS B. « Les inondations à Paris en 1910 », maîtrise d’histoire, Paris X - Nanterre, 1994.
-  GOUBET A. « Les crues historiques de la Seine à Paris », La Houille Blanche,, n°8, 1997, pp23-27.
-  MARTI R. et LEPELLETIER T. « L’hydrologie de la crue de 1910 et autre grandes crues du bassin de la Seine », La Houille Blanche, n°8, 1997, pp.33-39
-  Rapport de synthèse du groupe de travail « inondations, Mission déléguée de bassin Seine-Normandie, 1983.
-  « Si la Seine envahit Paris », journal Le Point, n°1581, janvier 2003.