Toute l'information par thème - DétailCAPES Sujet possible à l’écrit ou à l’oralArticle publié le 20 octobre 2004 par GEODE Suite à une conversation avec "quelques responsables", il apparaît que sujet ci-après a des chances de "sortir" lors des épreuves écrites ou orales : Y a-t-il une aggravation contemporaine des inondations en France (en phénomènes paroxysmiques ? en fréquence ? en dégâts ? ) Une société techniquement avancée comme la nôtre, assistée, et où tout est garanti et sécurisé, admet difficilement qu’on ne maîtrise pas les phénomènes naturels, et cherche des responsables à son malheur. Or, depuis une vingtaine d’années, on a parfois l’impression que les inondations graves n’ont cessé de sévir (Grand Bornand, Nîmes, Vaison, Camargue, Picardie, Languedoc, Arles...) faisant environ 250 victimes. I. UNE EVOLUTION DE LA CONNAISSANCE (ou) DE LA PERCEPTION 1) Le recensement des inondations Les inondations ont toujours existé (liste crues, notamment catastrophiques) ; répertoriées en archives. Les PHEC ( = plus hautes eaux connues) se réfèrent assez souvent à des dates antérieures au milieu du XXe siècle (1424 et 1910 Seine ; 1856 Loire et Rhône ; 1875 Garonne, 1770 Adour, 1783 Lot). Mais, alors qu’autrefois, seules les crues les plus graves étaient répertoriées (date et hauteur) aux stations hydrométriques (Orléans, Paris, Toulouse, Lyon...) et commentées dans les archives, à présent tous les cas sont systématiquement relevés. De plus, les inondations actuelles sont connues de l’ensemble de la population ; et ce, très rapidement, du fait de la médiatisation de ce qui a une connotation catastrophique. Tout est photographié ou filmé. Enfin, rappelons que les crues correspondent à des aléas. Et l’on sait que tout phénomène aléatoire - par définition - n’obéit pas à des occurrences régulières. Elles surviennent à échéances désordonnées, dans lesquelles intervient la « loi des séries » ; ce qui suffit peut-être à expliquer le regain de fréquence des inondations assez graves depuis une quinzaine d’années en France. 2) Les changements climatiques sont souvent évoqués pour expliquer l’aggravation supposée de l’aléa inondation. Au terme de travaux archivistiques (Le Roy Ladurie, Antoine, Desailly), il ressort qu’ont alterné des périodes marquées par des inondations graves et répétitives (fin XVIIe et début XVIIIe, fin du XVIIIe et fin du XIXe), et des périodes de répit relatif, traduisant vraisemblablement des changements de climat à l’échelle séculaire sur l’Europe occidentale. Rien n’autorise de penser que cette alternance s’est arrêtée. Les politiques, les médias et certains scientifiques ne cessent d’évoquer le « réchauffement climatique » actuel, associé à des prospectives plus ou moins catastrophiques. Si certaines observations ne font aucun doute (températures, glaciers), en revanche, il est prématuré, en ce qui concerne les inondations, d’affirmer avec certitude que cette élévation de 1 ou 1°5 en 60 ans soit capable de changer fondamentalement le régime des pluies dans un sens plus intense, et donc de produire des crues plus répétées et plus fortes. II. DES AGGRAVATIONS CONTEMPORAINES LIEES A L’HOMME 1) Aggravation « passive ». Aux abords des cours d’eau, l’homme a multiplié les enjeux et leur valeur : habitat, zones artisanales et commerciales, voirie, agriculture délicate et serres, campings. Et ce, du fait de l’interprétation complaisante des réglementations existantes (loi de 1935, PSS, articles R.111.2 et 111.3 du code de l’urbanisme, etc). Le nombre d’habitants exposés a augmenté : de nos jours, dans les 10 000 communes sujettes au risque d’inondation, on compte environ 2 millions de sédentaires, auxquels s’ajoutent les personnes occasionnelles ou de passage (sur les routes ou en camping). La valeur des biens exposés a aussi augmenté ; tout comme .. le coût des réparations ou des indemnisations (Paris : inondation identique à 1910 = coût X 6 en valeur constante). L’inondation de Nîmes (1988) a été chiffrée à 300 M€, celle de Vaison (1992) à 240 M€. Pour chacune des 2 années 2002 et 2003 les dommages des cat-nat sont de l’ordre du millard d’€, dont 70% ont pour origine les inondations, chiffres jamais atteints par le passé. 2) Aggravation de l’aléa, de manière active ou induite : certaines pratiques ont pour effet d’accélérer le transfert des eaux, d’où des crues plus rapides et plus violentes. Localement les débits de pointe et les niveaux d’eau sont plus élevés. Sont mises en cause :
III. DES AMELIORATIONS SONT NEANMOINS INTERVENUES Si l’homme a contribué à aggraver localement les inondations, il n’a cessé de les combattre notamment dans les zones à enjeux, avec des réussites inégales, souvent efficaces en dehors des crues exceptionnelles : tous ces aménagements ont leurs limites et ne peuvent assurer le risque zéro 1. Par des ouvrages de génie civil : endiguements : nombre de villes protégées (Toulouse, Nevers, Dax), pour les crues fortes mais non exceptionnelles. Avatars possibles. barrages : barrages écrêteurs : protection de Paris (3 grandes retenues en amont) ; barrages sur les Gardon barrages à grande capacité à vocations diverses : Serre-Ponçon bassins- régulateurs en péri-urbain travaux dans les lits fluviaux (surcreusement, rectification) aménagements retardateurs sur les versants 2. Par une réglementation plus sévère (lois de 1987-1995 ; application des PPR après 1995. Les zones à risque élevé sont gelées : les zones d’épandage de crue sont conservées + quelques procédures d’expropriation sur le bâti le plus vulnérable. Les préfets et les maires sont responsabilisés et ont à répondre devant les juridictions en cas de manquement au devoir d’information ou faute grave sur les attributions de permis de construire. Contraintes renforcées par la loi « Bachelot » de juillet 2003. 3. Par un perfectionnement de l’alerte et des secours : alertes météorologiques, refonte du système d’annonce des crues, alertes téléphoniques directes chez les riverains, sauvetages performants). En conséquence, des catastrophes humaines de type 1875 (400 morts) ou 1930 (200 morts) sont désormais improbables. C’est sûrement dans ce domaine que l’acquis est le plus important. Conclusion : de ce tableau se dégage un bilan mitigé. En positif, indéniables progrès techniques (énumérés ci-dessus) et meilleure connaissance des événements ; en négatif, l’aggravation des inondations est perceptible par l’accroissement contemporain des enjeux humains et matériels, se traduisant par des dommages accrus, dans un contexte d’aléa fréquent et assez grave sur les 15 dernières années ; et une impossibilité pour la société de faire face aux aléas exceptionnels. |