Toute l'information par thème - DétailRance, Vernazobre, Orb, Répudre Une crue historique monstrueuse : septembre 187512 - 13 septembre 1875
Article publié le 15 octobre 2007 par GEODE UNE CRUE HISTORIQUE MONSTRUEUSE DANS LE SUD DE LA FRANCE : 12-13 SEPTEMBRE 1875 Dans les pays de vieille civilisation, la plupart des grands évènements naturels ou humains ont été soigneusement répertoriés, annotés, commentés, et ce, au travers de correspondances, de rapports ou d’archives. C’est dire que du Moyen-Age au XIXe siècle, beaucoup de crues sont connues (ne serait-ce que sommairement) de par quelques-unes de leurs caractéristiques : date, causes, hauteur, dégâts. Tel est le cas de l’événement hors du commun survenu le 13 septembre 1875. Le phénomène pluvio-hydrologique : Une bonne partie du Sud du Massif Central et de ses abords fut affecté par cet événement puisqu’on relève des crues importantes sur nombre de cours d’eau. Il est évident qu’il n’a pu s’agir que d’une averse de Sud-Est, méditerranéenne, au vu de son intensité, de la période de l’année et du territoire concerné. En fait nous disposons de beaucoup plus de renseignements sur les crues que sur la pluie, mis à part les 199mm du 12 septembre 1875 à la Salvetat-sur-Agout, ce qui n’a rien d’exceptionnel pour l’Espinouse et qui est loin de refléter ce qui a dû réellement se passer ; et comme cela arrive assez souvent en pareil cas, c’est à partir de ce que l’on connaît des réactions des rivières que l’on pressent la puissance des précipitations (même sans pouvoir la chiffrer). Cet événement a vu de nombreux records hydrométriques battus et inégalés depuis, notamment sur le Rance (affluent du Tarn) et sur le Vernazobre (affluent de l’Orb) qui ont vécu des paroxysmes exorbitants. Les cours d’eau concernés par de fortes crues permettent de cerner la zone touchée par l’événement pluvieux. Au vu des éléments découverts en archives, on doit admettre que cet événement pluvio-hydrologique de grande ampleur s’est développé du sud au nord, allant du Minervois à l’ouest de la Lozère pour ce qui est de la zone du paroxysme. Ce dispositif spatial sud-nord semble assez classique lors des grandes averses méditerranéennes : on le retrouve par exemple en novembre 1999, des Corbières centrales au Somail, donc dans une version plus occidentale et plus méridionale. Les crues par bassin-versant : Sur le Lot, la station hydrométrique de Mende-amont nous renseigne sur les crues survenues depuis 140 ans : celle du 13 septembre 1875 arrive en 2e position (4,51m), après celle de novembre 1866 (5,33m), et jamais égalée depuis (3,95m le 24/09/1994). Sur la Truyère, le record est toujours détenu par la crue du 13 septembre 1875 avec 12,40m à la station de la Cadène, loin devant les niveaux de mars 1927 (8,50m), de février 1904 (8,10m) de décembre 1906 (7,40m), d’octobre 1920 (7,30m), pour ne citer que les principales. Sur le Tarn, c’est aussi 1875 qui est inégalé à Millau (10,30m), mais pas à Florac (7m), ce qui veut bien dire que le plus gros des pluies n’était pas centré sur l’Aigoual et le Lozère, mais plus à l’ouest. Vers l’aval, le pic de crue subit un aplatissement, contrairement à ce qui a été vécu en 1930, nouveau signe du caractère peu extensif des précipitations en 1875 : 8,85m sur le Tarn à Albi et 8,65m au Moulin de Gaillac ; la crue reste forte, d’ordre cinquantennal, mais non exceptionnelle. Sur le Rance, affluent gauche du Tarn descendu des Monts de Lacaune, les 8,85m atteint le 13/09/1875 au pont de Saint-Sernin (sud du département de l’Aveyron) correspondent au double de la hauteur des autres grandes crues. Selon une estimation effectuée par J.P. Azéma (1982), ce niveau record traduirait un débit de 820 m3/s (2170 l/s/km2 ; coefficient A : 42). Evidemment, on pourrait supposer qu’il y a eu embâcle sur la face amont du pont, impliquant une surcote. Mais d’autres traits de crue, en amont de Saint-Sernin, sont là pour confirmer les niveaux exceptionnels atteints ce jour-là, notamment sur une croix de pierre positionnée sur le tablier du pont central de Saint-Sernin, côté rive gauche. La crue a été également très forte sur l’Arn et le Thoré, pour lequel le niveau atteint en septembre 1875 dans le secteur de Rigautou - Payrin n’a jamais été dépassé depuis lors, y compris en mars 1930 ou en novembre 1999 ; à Labruguière, la crue commence à s’aplatir (5,30m), se plaçant nettement en-dessous des deux cas du XXe siècle. Concernant l’Agout, nous avons reproduisons ci-après les cotes maximales observées lors de cet événement : 4,50m (636,85m NGF) au pont de Cabannes, aujourd’hui ennoyé dans la retenue de la Raviège 4,30m (486,70 NGF) sur l’Agout au pont de Brassac 3,20m (450,30 NGF) au pont de Ferrières 3,65m au pont de Roquecourbe 4,80m (169,65 NGF) sur l’Agout à Castres (reporté à l’échelle du Pont-Neuf) 7,15m sur l’Agout au pont de la Crémade 5,00m sur l’Agout au pont de l’Albarède Au Sud-Est, dans le département de l’Hérault, les preuves de cet événement hors du commun nous viennent de l’Orb moyen (environ 5,50m à Bédarieux) ; du Jaur, qui aurait atteint 9, 50 m à St-Pons (à quel endroit exactement ? PARDE M. 1954) ; et surtout du Vernazobres à Saint-Chinian : 9m de hauteur de crue, près de 100 noyés et 120 maisons détruites ou endommagées. Les chroniques et les dessins de M.J. Coulouma (1938) et de A. et P. Fabre ( ?) nous font connaître quelques détails. Un trait de crue est présent sur un des piliers intérieurs de l’église de Saint-Chinian, près du porche d’entrée. A Saint-Chinian, la crue aurait atteint une hauteur de 9m soit plus du double de ce qui a été connu par la suite, en mars 1930 (3m) et en décembre 1953 (4,10m). Selon des témoignages recueiilis à l’époque, la crue aurait atteint cette hauteur en ... un quart d’heure ; ce qui n’est donc pas loin du concept de "mur d’eau". Etant donné la taille du bassin-versant, quelques dizaines de km², la rapidité de concetration est logique, mais à tel point... Bien entendu les précipitations en cause doivent être d’une intensité extrême au pas de temps horaire, voire plus bref : 200mm ? En tout cas, au vu de l’ampleur de la crue et des dégâts, on est bien au-dessus des 190mm en 2h à St-Gély-du-Fesc (Hérault)le 12/10/1971 et des 160mm en 1h à) Clermont l’Hérault le 26 octobre 1860... Plus au S.O., la Cesse réagit vigoureusement avec 3,50m au pont-aqueduc du canal du Midi (trait de crue gravé dans la pierre), et le Répudre aurait égalé (en quel site ?) son niveau mémorable du 18 septembre 1843. Références AZEMA J ;P. 1982, Le bassin du Rance, étude des aménagements hydrauliques anciens, mémoire de maîtrise de géographie, univ. de Paris X. FABRE A. non daté, L’Hérault historique, ed. P. Rivière, Béziers. GAZELLE F. 1996, L’hydrologie du sud du Massif Central dans son environnement géographique, thèse Etat, univ. Bordeaux III. PARDÉ M. 1954, Les crues de décembre 1953 dans les bassins de l’Hérault, de l’Orb et du Tarn, revue géogr. Des Pyrénées et du S.O., t.XXV, pp.180-187. |