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Agout, Thoré, barrages hydroélectriques

CRUES DE DECEMBRE 1996 dans le sud du Massif Central

François GAZELLE, GEODE

Article publié le 8 novembre 2009
par GEODE

CRUES DE DECEMBRE 1996

Le 7 décembre 1996, le Tarn et ses affluents connaissaient une nouvelle et très forte crue, accompagnant de façon classique celle des cours d’eau languedociens (Orb, Aude et affluents). On comprend la gravité de l’évènement eu égard à son classement dans le palmarès des crues du XXe siècle : sur de long tronçons (Tarn inférieur, Agout moyen et inférieur), cette crue s’inscrit en deuxième position après celle de 1930. Nous lui attribuons une occurrence cinquantennale. Mais à regarder de plus près, l’importance de ces deux crises potamologiques s’avère très différente : un peu partout, la crue de décembre 1996 n’a même pas atteint la moitié - que ce soit en hauteur, en débit de pointe ou en volume total écoulé- de sa soeur ainée... en dépit des assimilations faites par les médias. Par delà les aspects hydrologiques, analysés dans un premier temps, nous nous proposons d’examiner la façon dont le phénomène a été ressenti par les Pouvoirs publics, les élus, les populations.

1. Les phénomènes préparatoires : Il est à remarquer, en premier lieu, que l’automne 1996 a été l’un des plus arrosé du siècle : la pluviométrie de septembre, octobre et novembre s’est située très au-dessus de la normale. Mettant fin rapidement au régime d’étiage, les cours d’eau ont suivi de manière concommitante ces aléas climatiques : hautes eaux et petites crues ont ponctué toute cette période, dans les bassins-versants du Tarn, de la Garonne, de l’Orb et de l’Aude. Le plus souvent, il s’est agi en fait d’un mauvais temps atlantique, c’est-à-dire de perturbations de secteur nord-ouest, générant des pluies modérées (10 à 40mm/j le plus souvent) mais répétées (40j de pluie sur 80) et affectant de vastes espaces. De surcroît, une averse de neige a couvert l’ensemble du domaine de montagne au-dessus de 700m (Sud du Massif Central et Pyrénées) au cours des derniers jours de novembre ; ce stock neigeux va fondre jusqu’au 6 décembre. En conséquence, il était manifeste que l’imbibition des sols était généralisée à la veille de l’averse décisive et que tout nouvel apport d’eau était destiné à ruisseler rapidement assorti d’un quotient d’écoulement supérieur à 70%, selon un schéma rituel pour les hydrologues. On note ainsi de gros débits moyens en novembre sur le Tarn et ses affluents (.........), sur la Garonne (...) et les rivières languedociennes (....)

2. Les causes immédiates : C’est dans ces conditions que survient une averse remarquable, par flux perturbé méditerranéen. En effet, et contrairement aux règles les plus classiques de la météorologie, on passe en très peu de temps (une quinzaine d’heures) d’un système perturbé d’ouest à un système perturbé de sud-est (d’ordinaire, plusieurs jours sont nécessaires pour que le dispositif des masses d’air actives change du tout au tout...) A peine les pluies modérées d’ouest avaient-elles cessées sur les versants les plus occidentaux des massifs qu’une averse orgeuse très intense prenait le relais, assortie d’un relèvement des températures : 10 à 20mm/h pratiquement sans répit, notamment sur les Monts de Lacaune, où le total de 2 jours atteint 400mm (Murat-sur-Vèbre). Les pluies ont commencé dans la soirée du 6. Elles ont présenté de façon continuelle un caractère orageux, avec déplacement, atténuation ou regain des foyers paroxysmaux sur l’ensemble du Sud du Massif Central, de l’Albigeois au Minervois, du Castrais au Larzac... Ce qui a été frappant le 7, c’est la relative obscurité qui a régné même en milei de journée : l’éclairage était nécessaire dans les habitations. Eclairs, tonnerre et pluie intense ont sévi un peu partout. C’est, en cela, une ressemblance avec ce que nous avons pu lire sur les observations faites en 1930 ; mais la similitude s’arrête là. En effet, la fin d’après-midi du 7 a vu la diminution puis l’arrêt des pluies, alors qu’en 1930 il ne s’agissait que d’un répit précédant une seconde averse d’une dizaine d’heures, plus extensive vers le N.O.

3. La crue proprement dite : Les cours d’eau ne pouvaient pas ne pas réagir vigoureusement, dès la nuit du 6 au 7. La montée décisive va durer globalement 24h, un peu moins dans les petits bassins-versants (haut Dourdou, haut Rance, Arn, Orb supérieur...), un peu plus à l’issu des vastes organismes fluviaux (Tarn à Montauban, Orb à Béziers)

4. Réactions sociales à l’évènement : Les explications ont fusé de toutes part. Les critiques et les remèdes aussi. Comme presque toujours en pareil cas -la situation était presque aussi grave un an plus tôt- on a eu parfois l’impression qu’il s’agissait de trouver un bouc-émissaire et l’on a recherché les meilleures solutions pour préparer financièrement la réparation des dégâts, avant même que la crue ne soit terminée... Pour beaucoup de personnes ayant émis une opinion (riverains, élus, journalistes, habitants interrogés...), il apparaît que le Bon-Dieu et ses nuages n’arrive qu’en seconde position derrière EDF et ses barrages, dans la responsabilité de la crue. En décembre 1995, il semble en effet qu’il y eut quelques « ratages » dans la chaîne un peu longue des maillons qui cheminent entre le service d’annonce situé à la DDE de Montauban (qui était en alerte normale et qui a assumé sa fonction) et l’information auprès des riverains menacés. On avait accusé des manœuvres aux barrages d’EDF, ou au contraire l’absence de manœuvres, cet organisme étant en service minimal au cours du week end et connaissant de surcroît des « mouivements sociaux »... Cette fois encore, beaucoup de choses ont été dites ou écrites sur le manque de coopération d’EDF pour limiter les effets de la crue. Au détriment d’EDF, et pour ne pas parler la langue de bois, on est malheureusement obligé de constater qu’une partie des cours d’eau français est -de fait- devenu la quasi-propriété privée de cet organisme qui est pourtant un Service Public. La concertation n’est pas facile. Les renseignements sont fournis au compte-gouttes et soigneusement filtrés, avec black out sur certaines données. Même les chercheurs et les étudiants sont éconduits. Toute proposition portant sur l’aménagement de la gestion des cours d’eau équipés hydroélectriquement, en vue du bien public ou de l’intérêt général, est perçue comme une demande de faveur ou une atteint à un privilège. Même si la France ne manque plus d’énergie, la sacro-sainte production électrique (ce pour quoi les barrages ont été conçus) fait figure de pretexte suffisant pour ne pas prendre en compte le caractère justifié d’autres utilisations. Voila donc la plaidoirie du diable. Au bénéfice d’EDF, et à sa décharge, il faut tout d’abord s’élever contre les accusations sytématiques. Bien au contraire, la gestion des barrages a permis, depuis longtemps, bien d’autres avantages que la production de kW/h : tourisme, canoé-kayak, soutien des étiages et...protection contre les crues. En effet, dans la plupart des cas, les pointes de crue ont pu être aplaties ou retardées à l’aval des retenues. C’est un fait indéniable. S’agissant même d’évènements pluviométriques très graves, comme en début novembre 1962 et en début novembre 1982, les barrages EDF ont joué un rôle éminent et ont évité l’inondation d’une partie de Roquecourbe, Burlats, Castres... EDF en avait-elle reçu alors l’expression de quelque gratitude ?