Toute l'information par thème - DétailExpérience de retourArticle publié le 18 juillet 2003 par GEODE DOCUMENT MÉTHODOLOGIQUE RELATIF À LA CARACTÉRISATION D’UNE INONDATION Réalisation de l’étude : François GAZELLE - chercheur au CNRS - gazelle@univ-tlse2.fr Klaus MARONNA - Expert-Géographe - Klaus.Maronna@wanadoo.fr Toulouse, décembre 2002 TABLE DES MATIÈRES Introduction 1. La recherche de traces après une crue 2. Les photographies prises pendant une crue 3. L’exploitation de l’information 4. Réalisation d’une monographie d’une crue 5. Le placement de repères de crues Conclusion INTRODUCTION Ce rapport constitue un appui méthodologique pour organiser et systématiser le retour d’expérience suite à un épisode de crue. Cette méthodologie s’appuie sur des photographies, témoins incontestables de l’histoire contemporaine, pour mieux appréhender à la fois les hauteurs de submersion atteintes à tel ou tel endroit, les zones inondées et l’influence de la géomorphologie locale sur les mécanismes d’inondations. Ces retours d’expérience permettront de mieux connaître les phénomènes d’inondation et de maintenir une expertise dans les services concernés. Ils constitueront notamment des éléments incontestables permettant de guider les éventuels aménagements futurs. Le cas idéal consiste en une intervention directe au cours d’une crue. Elle permet de prendre un certain nombre de clichés que nous qualifions de « significatifs », c’est-à-dire en des lieux facilement repérables (ponts, maisons, routes) ou présentant des enjeux divers (ce qui d’ailleurs va souvent de pair). Equipé impérativement d’une carte topographique au 1/25 000e, chaque prise de vue doit être localisée et annotée d’un certain nombre de détails, tels que la localisation précise, le sens de la prise de vue, l’heure et la situation par rapport au maximum de la crue. En réalité, la possibilité d’intervention pendant la crue s’avère rare pour des raisons de délai et/ou de difficulté d’accès. En conséquence, l’effort doit se porter sur les investigations post-crue, telles que la recherche de traces sur le terrain et le recueil de clichés traitant l’événement. 1. LA RECHERCHE DE TRACES APRÈS UNE CRUE Chaque nouvelle crue de quelque importance peut faire l’objet d’une recherche des traces qu’elle a laissées sur le terrain. Ces laisses de crue s’estompent plus ou moins vite selon la saison et ce travail doit donc être réalisé le plus rapidement possible. Les traces d’humidité et les dépôts (boue ou sable, débris végétaux ou plastiques) peuvent renseigner sur les hauteurs de submersion atteintes ou permettre de déterminer localement la zone inondée. Il s’agit de photographier ces traces liées au passage du sommet de la crue : ligne nette d’humidité sur les murs après le retrait des eaux ; cordons de sable ou de dépôts végétaux dans les cours, les places, les prairies... ; présence de limon séché sur les troncs d’arbres ; dépôts divers sur les clôtures et dans la végétation. Quelques exemples suivent :
- débris d’inondation dans une haie (annexe 3) - herbes ou basse végétation couchée (annexe 4) - trace de boue dans un champ (annexe 5) - trace de boue à l’extérieur d’un bâtiment (annexe 6), à l’intérieur d’un bâtiment (annexe 7) - trace d’humidité ou de boue à l’extérieur (annexe 8)/ à l’intérieur (annexe 9) d’un bâtiment qui porte la trace d’une crue plus ancienne - trace d’humidité au niveau d’un repère de crue (annexe 10), au niveau d’un ouvrage d’art (annexe 11) Néanmoins, certaines laisses de crue peuvent induire en erreur et ceci notamment s’il s’agit de traces d’humidité. En effet, selon le support, ces traces peuvent être faussées par une remontée de l’humidité. L’interprétation de telles traces est délicate et nécessite une confirmation/infirmation par des riverains. Le travail de terrain peut également aboutir à une meilleure connaissance des conditions d’écoulement. Nous citons en exemple : - les secteurs à fort courant dus à la géomorphologie de la plaine inondable (annexes 12 et 13) ou aux aménagements anthropiques (annexe 14) - la modification des conditions d’écoulement due à la présence de l’infrastructure en remblai (annexe 15) Un tel travail de terrain peut être mené sur une partie ou sur la totalité d’un cours d’eau, avec une insistance éventuelle sur les secteurs à enjeu matériel et humain. Il est indispensable de dater et localiser avec précision les photographies prises (jour ; lieux précis ; direction des prises de vue). 2. LES PHOTOGRAPHIES PRISES PENDANT UNE CRUE La collecte de photographies prises lors d’une inondation peut enrichir et compléter le travail de terrain. Parmi les sources potentielles sont à citer : - les services de l’État (DDAF, DDE, DIREN, RTM, VNF,...) - les mairies - les riverains - les photographes professionnels - la presse locale Il convient de choisir les photographies les plus explicatives. Il s’agit de celles prises soit au maximum de la crue, soit en décrue avec une trace nette du maximum ou encore celles qui permettent d’analyser les conditions d’écoulement pendant la crue. Il convient également de prendre en compte la qualité technique du document en vue d’une reproduction, la pertinence de la prise de vue et la localisation (lieu facilement repérable - avec enjeux). Nous citons en exemple : - prise de vue du même bâtiment pendant et après le maximum de la crue (annexe 16) - rehaussement de la ligne d’eau côté amont d’un remblai (annexe 17) - rehaussement de la ligne d’eau côté opposé à la rivière d’un remblai (annexe 18) - endiguement d’un affluent qui n’est pas en crue et qui protège les terres situées derrière lui (annexe 19) - dimensionnement insuffisant d’un ouvrage d’art (annexe 20) - dimensionnement suffisant d’un ouvrage d’art (annexe 21) - secteur à fort courant dans une agglomération (annexe 22) L’analyse de ces clichés peut permettre de : - mieux appréhender l’impact de la submersion, et ceci d’autant plus que le cliché s’accompagne d’une prise de vue identique hors crue - cerner l’impact des aménagements sur les conditions d’écoulement - faire un état des lieux sur la suffisance/l’insuffisance du tirant d’air des ouvrages d’art pendant une crue et leur tendance à favoriser la création d’embâcles - localiser des secteurs à fort courant Soulignons que la collecte de ces photographies notamment auprès de photographes professionnels et de la presse locale peut se heurter à des frais d’achat et de droits d’auteurs excessifs. La négociation : Il s’agit ensuite de disposer des photographies, qui ne sont que rarement « données », mais plutôt prêtées pour « un certain temps ». L’achat est évidemment possible auprès des photographes professionnels locaux qui, par principe, ou supposant que « çà pourrait servir un jour ou l’autre », ont effectué un reportage sur les lieux et au moment de l’événement. Beaucoup plus difficile est la négociation auprès des détenteurs et collectionneurs de cartes postales ou photos anciennes, qui ont le sentiment de détenir un trésor même su leur intérêt pour les crues se révèle peu marqué... Ils peuvent demander des sommes considérables pour se séparer d’une ou plusieurs photos, de l’ordre de 50 euros l’unité. Ils ne les prêtent pas pour autant, car ils ont conscience que la reprographie va multiplier les exemplaires et dévaloriser en fin de compte l’original qu’ils détiennent... La déontologie reprographique : Les facilités techniques de reproduction de documents en un nombre élevé d’exemplaires, complétée parfois par les supports informatiques (CD, scannage, numérisation...) ne doivent pas faire oublier qu’existent des règles de propriété intellectuelle et de diffusion de documents appartenant à des tiers. S’agissant de photos de crue provenant de services de l’Etat, destinées à être publiées, il ne peut y avoir de problème ; les photos sont mises à disposition ; encore convient-il d’en indiquer l’origine. En revanche, il y a lieu d’être vigilant lorsque des particuliers, des organismes semi-publics ou des bureaux d’études privés confient des documents destinés à être reproduits et diffusés, même si l’on précise bel et bien que c’est sans but lucratif. Il est impératif d’en avertir le propriétaire ou détenteur et d’avoir son aval, écrit si possible, même si l’on se contente le plus souvent d’un accord verbal de principe. L’exploitation des photographies d’inondation nécessite la connaissance de la date et de l’heure exactes des prises de vue afin de les situer par rapport au maximum de la crue. Dans le cas contraire, leur exploitation est à proscrire, car elles peuvent induire en erreur. Par exemple, une photographie prise pendant la phase montante de la crue peut laisser croire qu’il s’agit de son maximum. 3. L’EXPLOITATION DE L’INFORMATION Chaque cliché devra être accompagné par une fiche qui comporte : - le nom du cours d’eau, la localité, la commune et le département - un plan de localisation au 1/25 000è avec une flèche rouge indiquant le sens de prise de vue et l’extension maximale de la zone inondée lorsqu’elle est connue - la date de prise de vue pour les photographies prises après la crue - la date et l’heure de prise de vue pour les photographies prises pendant l’inondation - un commentaire situant la prise de vue par rapport au maximum de la crue et précisant la hauteur de submersion atteinte et/ou la différence de hauteur par rapport à un repère de crue. L’endroit de mesure doit être indiqué par une flèche sur la photographie - la source du cliché dès l’instant qu’il ne provient pas de l’auteur du dossier Nous insistons sur le fait que chaque localité traitée soit précisément localisée par sa dénomination et par une flèche rouge sur le plan de localisation. En effet, chaque site doit être facilement retrouvable sur le terrain, faute de quoi les renseignements obtenus seraient inexploitables. Outre les fiches classées de l’amont vers l’aval, le dossier peut comporter : - une liste synthétique des localités traitées avec un renvoi au N° de fiche et des précisions sur le cours d’eau, la commune, la rive et la localisation concernés - un plan de localisation des fiches au 1/100 000è 4. RÉALISATION D’UNE MONOGRAPHIE DE CRUE Le dossier peut être complété par : - un rapport pluviométrique, accompagné d’une carte des isohyètes. - un rapport hydrologique qui, accompagné de limnigrammes et de graphes hauteur/fréquence, permettra l’estimation de la période de retour aux différentes stations et qui pourra souligner des problèmes éventuels survenus à ces dernières - une description de la géomorphologie locale, des remblais et des ponts ayant pu jouer un rôle sur le déroulement de la crue - une cartographie des zones inondées - une carte des hauteurs de submersion des routes - une carte d’emplacements de futurs repères de crues Il devient ainsi une monographie d’une crue qui peut, par ailleurs, servir au placement de repères de crues. 5. LE PLACEMENT DE REPÈRES DE CRUE La mesure des hauteurs de submersion à des endroits très précis donne à chaque fiche la qualité d’un repère de crue. Nous pensons que le placement de repères aide à pérenniser la mémoire des inondations et devrait être effectué le plus systématiquement possible. Il est inutile de rappeler que la meilleure assurance de pérennité des repères de crue est leur placement sur des ouvrages d’art ou d’autres édifices publics. Néanmoins, leur emplacement mérite d’être bien choisi, faute de quoi des apparences d’incohérences de cote entre deux repères peuvent se produire. Nous nous expliquons à partir des deux exemples qui suivent. - Comme l’a montré la photographie figurant en annexe 17, le remblai de la route a provoqué une surcote côté amont. Dans de pareils cas, le placement de repères sur un bâtiment, en amont et en aval du remblai, donnerait forcément deux niveaux différents pour des repères situés à proximité l’un de l’autre. Seul le remblai de la route peut expliquer cette différence de cote, mais celui-ci n’existera peut-être plus dans cent ans. Dans ce cas là, sera-t-on amené à écarter un des deux repères pour défaut de cohérence ? - La photographie en annexe 23 montre la Gimone au moulin de Gimont, proche du maximum de la crue. La différence de hauteur d’eau entre sa face amont et sa face latérale est de plusieurs dizaines de centimètres. Sur quelle face va-t-on placer le repère de crue ? Constatera - t-on, peut être dans 50 ans, une incohérence de cote entre un repère situé sur l’une des deux façades du bâtiment et un autre repère placé un peu plus en amont ou en aval ? Les deux exemples montrent donc qu’il peut y avoir une apparence d’incohérence entre deux repères sans que l’un des deux soit incorrectement placé. CONCLUSION Ainsi, une telle prise en considération des crues apporte des renseignements précieux sur des hauteurs de submersion atteintes, des zones à écoulement rapide et des mécanismes d’inondations. Complété par un rapport pluviométrique et hydrométrique, un tel dossier post-crue constitue une monographie qui est non seulement exploitable pour le placement de repères de crue, mais qui peut servir également pour l’application des textes réglementaires en matière d’inondation ou pour l’élaboration des PPR. |